[Cet article a été publié à l'automne 2009 dans le défunt site d'actualité webdo.ca. Il s'agit d'une entrevue que j'ai menée avec M. Alain Rochon, directeur adjoint au ministère du Développement durable de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) à propos de l'état des infrastructures sanitaires adéloises. Cet article est un complément à l'article précédent.]
Depuis plusieurs années, les déversements d’égouts de la ville de Sainte-Adèle dans les cours d’eau qui traversent son territoire ont fréquemment fait les manchettes. Plusieurs informations, parfois contradictoires, nous sont parvenues. Durant l’été, webdo.ca a visité, en compagnie d’un informateur, les stations de pompage et leur trop-plein qui déversent dans la nature à certaines périodes et dans certaines conditions, matière fécale, serviettes hygiéniques, produits chimiques et autres matières qui devraient normalement être acheminés vers les usines d’épuration. Le plus «célèbre» de ces ouvrages de trop-plein est sans nul doute celui de La Rolland qui, en 2008, a mené à la fermeture du site de mise à l’eau des Excursions de la Rivière du Nord, situé à moins de 100 pieds en aval du déversement, mettant ainsi fin prématurément à une entente conclue entre l’exploitant du site et la municipalité. Récemment, notre attention fut attirée sur la station de pompage Dumouchel qui déverse également son trop-plein dans le ruisseau attenant — derrière le cimetière de Sainte-Adèle — ainsi que plusieurs autres sites similaires.
M. Alain Rochon, directeur adjoint au ministère du Développement durable de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) confirme que le ministère est au courant des déficiences de l’ensemble des ouvrages d’assainissement de la ville, notamment ceux de la station de pompage Dumouchel. Les ouvrages de trop-plein seraient donc, selon le directeur adjoint, connus, autorisés et surveillés par le MDDEP :« De façon globale, le ministère est au fait des problèmes qui existent avec les ouvrages d’épuration de la ville de Sainte-Adèle. La Ville fait actuellement les démarches pour corriger la situation et entend investir d’importantes sommes dans la réfection de son réseau.» M. Rochon précise :« Le ministère n’autorise plus depuis un certain temps les nouvelles prolongations d’égouts dans la ville de Sainte-Adèle compte tenu des déficiences des ouvrages existants.»
Le 16 juin dernier, la Ville de Sainte-Adèle aurait déposé une demande d’autorisation au ministère pour reconstruire le poste de pompage Dumouchel, mais aussi pour faire d’autres travaux de corrections sur le réseau afin d’améliorer la performance des ouvrages d’assainissement. La demande est actuellement à l’étude par les ingénieurs du MDDEP.
Ouvrage de trop-plein, c’est quoi au juste?
M. Rochon explique: «Chaque station de pompage possède un trop-plein. Le pluvial et le sanitaire ne sont pas nécessairement séparés. En cas de grosse pluie, de fonte de neige au printemps et même en cas d’urgence, les trop-pleins sont utilisés afin d’éviter des refoulements d’égouts dans les sous-sols des résidences et dans les rues. Le ministère permet donc de soulager le réseau dans les cours d’eau.»
Selon certaines sources, à Sainte-Adèle, plusieurs déversements seraient illégaux et non signalés au ministère. Bien que le MDDEP visite régulièrement les différents sites de pompage, c’est à la municipalité qu’incombe la responsabilité de transmettre les données d’opération au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT). Une situation qui, selon certains, consiste à confier la déclaration des infractions à celui qui les commet. Ainsi, plusieurs rapports seraient falsifiés afin de ne pas attirer l’attention du ministère de l’Environnement, information que nous n’avons pu valider.
M. Rochon commente ses allégations: «Selon les informations dont je dispose pour l’année 2008, la station de pompage Dumouchel aurait débordé en temps de pluie, en temps de fonte et à l’occasion d’urgences seulement. Il n’y a pas d’information qui indique que le trop-plein aurait été utilisé en temps sec. Même scénario pour l’année 2009.» Les trop-pleins seraient donc, selon le directeur adjoint du MDDEP, utilisé adéquatement:« Il faut comprendre que quand la pluie cesse, il y a un certain délai avant que le trop-plein ne cesse de couler», affirme M. Rochon afin d’expliquer les déversements observés quelques jours après une grosse pluie.
Les cours d’eau de Sainte-Adèle ne retrouveront pas leur pureté d’antan avant plusieurs années: «Au fur et à mesure que la municipalité mettra à niveau son réseau, les eaux de pluie et les égouts vont être séparés. Les eaux de pluie se déverseront donc dans les cours d’eau et les eaux sanitaires seront dirigées vers les usines d’épuration. Ces corrections s’étaleront sur plusieurs années, en raison du nombre de kilomètres de réseaux qui a été fait en unitaire, c’est à dire qui transporte et les eaux de pluie et les égouts», de conclure Alain Rochon.
Soulignons que le problème n’est pas unique à Sainte-Adèle. D’autres villes en aval et en amont profitent également de cette tolérance du ministère de l’Environnement en raison de la vétusté de leurs infrastructures. Les déversements d’égouts dans les cours d’eau de Sainte-Adèle sont imputables en grande partie à un développement résidentiel soutenu amorcé depuis plusieurs années et qui impose une surcharge à des infrastructures inadéquates et vieillissantes. En attendant la mise à niveau complète des infrastructures sanitaires et pluviales, certaines mesures pourraient être prises par la municipalité, par exemple l’installation de panonceaux indiquant la présence d’un trop-plein, notamment à La Rolland, où les citoyens côtoient, sans en être informés, une source de polluant qui pourrait représenter un risque pour leur santé. En effet, des promeneurs vont parfois patauger dans la rivière à quelques mètres seulement du trop-plein. Autre mesure possible: l’installation de grilles à la sortie des tuyaux permettant de retenir les matières solides. Nous savons en effet que les préservatifs et les serviettes hygiéniques sont parfois confondus avec de la nourriture par certains oiseaux aquatiques qui les avalent et meurent d’une occlusion intestinale. En 2007, à la suite de la publication dans les médias de l’existence du trop-plein La Rolland, le maire Cardinal avait promis l’installation d’une grille, mesure qui en 2009 n’est toujours pas appliquée.