Bienvenue à Sainte-Adèle : SVP, entrez votre code d’accès

Publié le Mis à jour le

 

«À certains endroits, en campagne comme en ville, la privatisation des espaces a rendu difficile l’accès des citoyens à des zones particulièrement belles. À d’autres endroits, on crée des urbanisations “écologiques” seulement au service de quelques-uns, en évitant que les autres entrent pour perturber une tranquillité artificielle.»

Metal keypad with displayL’auteur de cette citation n’est pas un éminent écologiste, ni même un urbaniste de réputation mondiale. Non, elle sort de la plume du pape François 1er et est tirée de son encyclique Laudate Si sur la sauvegarde de la maison commune qui a subjugué la communauté des écologistes et des altermondialistes lors de sa publication.

Cette pratique moyenâgeuse dénoncée par le pape qui, visiblement, a l’esprit plus large que les urbanistes des Laurentides, est désormais une triste réalité à Sainte-Adèle. Les Gated Community, ces quartiers, parfois même des territoires entiers, barricadés avec code d’accès où des privilégiés se réservent la beauté du monde ont commencé à s’installer à l’insu de la plupart des citoyens et au nom du sacro-saint principe de propriété privée. Un concept de plus en plus décrié par de nombreux penseurs contemporains.

La Vallée du Mont-Baldy est un exemple de ce mouvement que nous devons d’urgence juguler avant qu’il ne soit trop tard. En 2006, j’apprenais, par la firme de consultants en environnement Biofilia, que le magnifique site de la chênaie du Mont-Baldy, propriété d’un certain M. Despatie, abritait certaines essences de chênes uniques au Canada. Devant la menace d’un développement immobilier qui planait à l’époque au-dessus de ce petit paradis, j’avais reçu ce commentaire d’un organisateur de sorties en plein air montréalais :

Ce samedi nous emmènerons un groupe de Montréalais faire de la raquette hors-piste au mont Baldy et aux Palissades, dans la mesure où l’accès sera possible. Après nous être émerveillés sur les charmes de la nature adéloise, nous irons faire ripaille dans un charmant resto de la place. Et si l’îlot de bonheur à 1 heure de Montréal n’est plus, si Ste-Adèle se transforme en une banlieue, nous ne reviendrons plus. Des banlieues on en a EN MASSE à deux pas de Montréal!

Antoine Deslauriers
TripLevé, social et grand-air

Quelques jours plus tard, M. Deslauriers récidivait:

Nous étions effectivement 14 à randonner le Mont Baldy, les Palissades, le lac Gascon, jusqu’à la rivière du Nord. Notre groupe de plein air rayonne à partir de Montréal vers des destinations très variées. Nous avons vu de nombreux beaux endroits. Définitivement, pour ces attraits, celui-là a le calibre d’un parc national. Il est à souhaiter que les propriétaires des lieux aient la générosité de les garder intacts pour les générations à venir.

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La vallée du Mont-Baldy, telle qu’elle n’apparaîtra plus jamais

Eh bien non! Le propriétaire, et c’était son droit, a choisi de vendre son petit royaume à un promoteur peu imaginatif qui en a fait une Gated Community. Cependant, le projet ne semble pas lever et les quelques maisons construites à même la magnifique chênaie qui donnait accès à des sentiers patrimoniaux sont d’un goût douteux, l’une d’elles en particulier, qui contraste complètement avec le plan initial. À l’entrée de la chênaie, il y a une barrière. Elle est présentement ouverte, mais juste à côté, on voit bien l’emplacement du futur clavier à code d’accès. L’interdiction de passage n’est qu’une question de temps.

Dans plusieurs pays européens, il existe des lois qui obligent les développeurs à réserver le plus beau site d’un projet de développement à l’usage du public. C’est simple, sensé et réalisable. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose à Sainte-Adèle?

Devrons-nous embaucher le pape dans l’équipe de penseurs créatifs du service d’urbanisme afin d’accélérer le processus de modernisation de nos politiques de développement du territoire?

Il existe d’autres projets semblables à Sainte-Adèle. Nous devons nous en inquiéter et exercer des pressions sur les instances municipales afin qu’elles cessent d’accorder aux promoteurs le droit de barricader la beauté du monde. C’est une simple question de volonté politique. La chênaie du Mont-Baldy aurait pu se développer autrement si seulement les élus de l’époque avaient eu une once de vision.

Il n’est peut-être pas trop tard pour revoir les privilèges consentis aux promoteurs et interdire les collectivités barricadées. Pour renouveler la vision de l’urbanisme adélois, nous pourrions commencer là, en prévoyant un accès public à tous les sites qui font la beauté des Laurentides.

Notre ville possède les plus beaux paysages de notre région. Veillons à ne pas les barricader derrière des clôtures avec code d’accès.

Crédit photo : André Bérard

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Une réflexion au sujet de « Bienvenue à Sainte-Adèle : SVP, entrez votre code d’accès »

    Jean-Marc Perron. a dit:
    31 mai 2016 à 8:32

    Je suis entièrement d’accord avec vous. Et un endroit qui peut servir d’exemple est le site de la croix de Sainte-Adèle, qui ferait un site incomparable si ce n’était la situation dont vous parlez…

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